Trafic de drogue : l’ex numéro 2 de Georges Weah inculpée

L’affaire prend une tournure politique majeure au Libéria. Jewel Howard-Taylor, ancienne vice-présidente du pays sous George Weah, a été arrêtée à l’aéroport international Roberts de Monrovia alors qu’elle s’apprêtait à quitter le territoire. Le 19 août 2026, la justice libérienne a annoncé son inculpation pour trafic de stupéfiants, blanchiment d’argent et plusieurs infractions connexes, dans le cadre d’une enquête visant un présumé réseau international de narcotrafic.

Âgée de 63 ans, Jewel Howard-Taylor a occupé la vice-présidence du Libéria de 2018 à 2024, sous la présidence de George Weah. Selon le ministère libérien de la Justice, elle a été interceptée au Roberts International Airport alors qu’elle tentait de quitter le pays, puis conduite au quartier général de la police nationale. Son avocat a confirmé sa détention. À ce stade, l’ancienne dirigeante n’a pas publiquement répondu aux accusations portées contre elle.

Les charges sont particulièrement lourdes. Les autorités lui reprochent notamment l’importation sans licence de substances contrôlées, leur vente, leur distribution et leur transport, ainsi que le trafic de stupéfiants, la sollicitation et la facilitation criminelles, la conspiration criminelle et le blanchiment d’argent. Les poursuites s’appuient notamment sur la loi libérienne de 2023 relative aux drogues et substances contrôlées.

Trois ressortissants étrangers sont également poursuivis dans le même dossier, mais en leur absence : deux Croates, Nikolai Ivancic et Mihovil Vrovac, ainsi qu’un Ukrainien, Taras Zadereiko. Les autorités libériennes ont annoncé leur intention de les localiser et de procéder à leur arrestation.

Cette procédure intervient dans un contexte particulièrement sensible pour Monrovia. Quelques semaines auparavant, les autorités libériennes avaient annoncé la saisie de près de 4 000 kg de cocaïne à Duazon, près de Monrovia, une cargaison destinée à l’Europe. Reuters évaluait cette saisie à environ 317 millions de dollars. L’Associated Press évoque pour sa part une valeur d’environ 336 millions de dollars. Les deux agences soulignent toutefois que cette importante saisie et le dossier visant Jewel Howard-Taylor ne sont pas présentés par les autorités comme étant nécessairement liés.

La saisie de juillet avait déjà constitué un sérieux avertissement pour les autorités libériennes. En juin, une autre cargaison de 237,6 kg de cocaïne, évaluée à 19 millions de dollars, avait été interceptée à l’aéroport international Roberts. Selon Reuters, cette marchandise provenait de Sierra Leone et était destinée au Royaume-Uni. Ces opérations successives illustrent la pression croissante exercée sur le Libéria par les réseaux internationaux de cocaïne.

Le président Joseph Boakai, arrivé au pouvoir en janvier 2024 après huit années de présidence George Weah, a fait de la lutte contre la corruption et la criminalité organisée l’un des axes de son mandat. Son gouvernement a également renforcé l’offensive antidrogue après les importantes saisies enregistrées en 2026. La mise en cause d’une ancienne deuxième personnalité de l’État donne désormais à cette campagne une dimension politique et institutionnelle inédite.

Le dossier libérien s’inscrit surtout dans une problématique qui dépasse largement les frontières du pays. L’Afrique de l’Ouest est devenue une zone de transit importante pour la cocaïne produite en Amérique latine et destinée aux marchés européens. Les réseaux criminels exploitent notamment les infrastructures portuaires, aéroportuaires et routières de la région ainsi que la porosité de certaines frontières.

Le Togo n’échappe pas à cette pression régionale. Les autorités togolaises ont annoncé avoir saisi et détruit, en 2025, 50 729 kg de drogues et substances illicites, dont 50 291 kg de cannabis, 51,77 kg de cocaïne, 8,5 kg de méthamphétamine et 377,78 kg de psychotropes illicites. Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Calixte Batossie Madjoulba, avait alors déclaré que « les résultats enregistrés au cours de l’année 2025 témoignent de l’engagement et de la détermination de nos services compétents ».

Lomé a également renforcé sa coopération internationale contre la criminalité transfrontalière. En février 2026, des acteurs de la chaîne pénale togolaise ont notamment participé à une formation consacrée aux enquêtes sur les stupéfiants et la criminalité organisée, avec l’appui d’experts américains de la DEA et du FBI.

L’affaire Jewel Howard-Taylor constitue ainsi un nouveau signal de la montée en puissance des réseaux de narcotrafic en Afrique de l’Ouest. Mais les accusations formulées contre l’ancienne vice-présidente restent, à ce stade, des allégations judiciaires : elle demeure présumée innocente jusqu’à une éventuelle décision de justice établissant sa culpabilité.

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