Le chef de l’armée, proche du président, promet « souffrances et douleurs » à un membre de l’opposition

Un nouvel épisode vient raviver les inquiétudes sur l’état des libertés publiques en Afrique. Le chef de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, a suscité une vive controverse après avoir revendiqué publiquement l’arrestation d’un opposant politique et multiplié les déclarations menaçantes à son encontre sur les réseaux sociaux.

Lundi, le puissant général a publié sur son compte X, suivi par 1,3 million d’abonnés, plusieurs messages visant Erias Lukwago, figure de l’opposition et avocat engagé dans la défense de personnalités critiques du régime.

« Je suis fier de TOUTE la souffrance et la douleur que je vais infliger au CRIMINEL LUKWAGO ! », a écrit Muhoozi Kainerugaba en accompagnant son message d’une photographie montrant l’opposant vêtu d’un tee-shirt blanc après son interpellation.

Dans un autre message, le chef de l’armée affirme que l’intéressé « n’arrête pas de dire : “Je suis désolé, je suis désolé” », ajoutant que cela ne lui serait « d’aucune utilité désormais ». Une autre image diffusée sur son compte montre un homme habillé de manière similaire, le visage recouvert d’un tissu et les mains jointes dans une posture de supplication.

Quelques heures auparavant, le général avait déjà laissé entendre qu’il venait d’ordonner l’arrestation d’un opposant sans toutefois le nommer. « J’ai capturé un imbécile et je l’ai emmené au sous-sol », avait-il écrit sur X, avant d’ajouter dans une autre publication : « Il m’a convoqué ? Comment ose-t-il prononcer ces mots ? Cet imbécile va en tirer une leçon. »

Selon le Front populaire pour la liberté (PFF), Erias Lukwago s’apprêtait à déposer une procédure judiciaire visant Muhoozi Kainerugaba dans le cadre du dossier concernant Kizza Besigye, l’un des principaux opposants au président Museveni. Arrêté au Kenya en 2024 puis transféré en Ouganda, Besigye demeure détenu dans l’attente de son procès. Sa famille et ses soutiens accusent régulièrement les autorités de mauvais traitements.

D’après un proche de Lukwago cité par l’AFP, « des militaires ont sauté par-dessus le portail, l’ont violemment poussé dans un fourgon avant de partir ». Selon la même source, les forces de sécurité n’auraient fourni aucune indication sur sa destination.

Cette affaire intervient dans un climat politique déjà tendu à l’approche des prochaines échéances électorales. Depuis plusieurs années, les organisations de défense des droits humains dénoncent la multiplication des arrestations d’opposants, des restrictions aux libertés publiques et l’usage croissant des appareils sécuritaires contre les voix dissidentes.

L’épouse de l’opposant, Zawedde Lubwama Lukwago, a vivement réagi à l’arrestation de son mari. « C’est le régime d’Amin qui renaît à travers Muhoozi », a-t-elle déclaré, faisant référence à l’ancien dictateur Idi Amin, qui dirigea l’Ouganda dans les années 1970. « Mon mari est un avocat respecté qui n’a commis aucun crime », a-t-elle ajouté.

Les réactions ont également fusé au sein de la société civile. La militante des droits humains Agather Atuhaire estime que cette affaire illustre « l’impunité » dont bénéficient certaines autorités. « Nous avons désormais un gouvernement qui non seulement enfreint la loi et commet des atrocités de ce genre, mais qui s’en vante publiquement », a-t-elle dénoncé. Selon elle, « ailleurs, ceux qui commettent des abus tentent au moins de les dissimuler. Ici, ils les revendiquent ouvertement ».

Ce n’est pas la première fois que Muhoozi Kainerugaba se retrouve au cœur d’une polémique liée à ses publications sur les réseaux sociaux. L’année dernière déjà, il avait revendiqué l’enlèvement du responsable de la sécurité de l’opposant Bobi Wine, affirmant l’avoir utilisé comme « punching-ball ». Des propos qui avaient provoqué une vague d’indignation au sein de l’opposition et des organisations de défense des droits humains.

Aujourd’hui en exil, Bobi Wine a condamné ce qu’il qualifie de « violent enlèvement » d’Erias Lukwago. L’ancien candidat à la présidentielle affirme également avoir été la cible de menaces répétées de la part du chef de l’armée.

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