Depuis plusieurs années, le Togo multiplie les investissements dans l’énergie solaire avec l’ambition affichée de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de ses voisins et d’accélérer l’accès à l’électricité. Entre centrales photovoltaïques, mini-réseaux ruraux et kits domestiques, les projets se sont succédé à travers le pays. Pourtant, malgré cette offensive énergétique, les coupures d’électricité persistent et le pays continue d’importer une part importante de son énergie du Ghana et du Nigeria. Face à ces limites, l’exécutif togolais accélère désormais son virage vers le nucléaire civil.
Le solaire reste pourtant l’un des piliers majeurs de la stratégie énergétique nationale. La centrale de Blitta, baptisée Sheikh Mohammed Bin Zayed, première grande infrastructure photovoltaïque du pays, a progressivement été étendue afin d’augmenter sa capacité de production et d’alimenter des milliers de foyers. À Sokodé, un projet de centrale solaire de 62 MWc, soit 42 MWca, est actuellement en cours de construction avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD) et d’un consortium privé.
Dans la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), un parc solaire de 390 MWp a également été lancé en partenariat avec Arise IIP afin d’alimenter la zone industrielle et le réseau national en énergie dite propre. En parallèle, plusieurs programmes d’électrification rurale ont été déployés. L’UEMOA a soutenu la mise en place de mini-réseaux solaires dans plusieurs localités des régions des Plateaux et Maritime, tandis qu’un vaste projet d’électrification de 317 localités prévoit la construction de mini-réseaux hybrides associant solaire, stockage et appoint thermique.
À cela s’ajoute le programme Africa Solar Belt, conduit avec la Chine, qui a permis la distribution de milliers de kits solaires domestiques dans les zones rurales, notamment dans la région Centrale où 3 900 kits ont été récemment déployés.
Malgré cette multiplication des projets, la dépendance énergétique du Togo demeure forte. Les délestages récurrents continuent d’alimenter les critiques dans les ménages comme dans le secteur économique. Plusieurs acteurs économiques pointent régulièrement l’instabilité de l’approvisionnement électrique comme un frein à l’industrialisation et à l’attractivité du pays.
C’est dans ce contexte que le gouvernement togolais semble désormais vouloir diversifier davantage son mix énergétique en ouvrant la porte au nucléaire civil. Réuni en Conseil des ministres le 1er avril 2026, l’exécutif a adopté deux projets de loi autorisant l’adhésion du Togo à la Convention sur la sûreté nucléaire, adoptée à Vienne le 17 juin 1994, ainsi qu’à la Convention de Vienne relative à la responsabilité civile en matière de dommages nucléaires du 21 mai 1963.
À travers cette démarche, Lomé entend renforcer son arsenal juridique en matière de gestion des risques radiologiques et nucléaires, avec pour objectif affiché de protéger les populations et l’environnement contre les effets des rayonnements ionisants tout en améliorant les mécanismes de prévention des accidents liés aux installations nucléaires civiles.
Le sujet a pris une dimension encore plus stratégique lors du dernier Conseil des ministres, au cours duquel le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, a instruit les ministres concernés de finaliser rapidement la mise en place d’une institution chargée de superviser la prévention et la gestion des risques liés aux matières radioactives.
Le gouvernement veut également établir une cartographie exhaustive des risques radiologiques susceptibles d’affecter le pays afin d’élaborer de nouveaux textes réglementaires conformes aux standards internationaux. Ces réformes devraient aussi permettre au Togo d’accéder à des mécanismes de coopération technique et de financement dans le domaine du nucléaire civil.
Cette orientation a été publiquement assumée par Faure Gnassingbé le 19 mai 2026 à Kigali, au Rwanda, lors du sommet NEISA 2026 consacré aux enjeux énergétiques africains. Devant plusieurs dirigeants africains et partenaires internationaux, le dirigeant togolais a plaidé pour une souveraineté énergétique africaine fondée notamment sur le nucléaire civil.
Selon lui, les seules énergies renouvelables ne suffiront plus à soutenir les ambitions industrielles du continent. « Les industries de transformation, les centres de données, l’intelligence artificielle et le numérique africain de demain exigent une électricité continue, décarbonée et compétitive », a déclaré Faure Gnassingbé, mettant en avant les petits réacteurs modulaires et les microréacteurs comme solutions adaptées aux réalités africaines.
Le Président du Conseil a rappelé que le Togo avait déjà adopté une loi sur l’usage pacifique du nucléaire et créé, en janvier 2025, un Commissariat à l’énergie atomique. Il a également insisté sur la nécessité pour les États africains de mutualiser leurs compétences, leurs financements et leurs cadres réglementaires afin de réussir cette transition énergétique.
« Aucun pays africain ne pourra réussir seul sa transition nucléaire », a-t-il estimé, plaidant pour la création d’un mécanisme africain de financement du nucléaire impliquant banques de développement, fonds souverains et investisseurs privés. Il a aussi appelé à former massivement des ingénieurs, techniciens et scientifiques africains afin que « le nucléaire africain soit pensé, opéré et gouverné par les Africains ».
À l’issue du sommet de Kigali, le président rwandais Paul Kagame a salué les initiatives engagées par le Togo dans le domaine du nucléaire civil et annoncé que la prochaine édition du sommet NEISA se tiendra au Togo.
