Bénin : cinq ans de prison pour Soumaïla Sounon Boké après un message WhatsApp

La justice béninoise a frappé fort dans une affaire mêlant politique, réseaux sociaux et sécurité d’État. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a condamné Soumaïla Sounon Boké, ancienne figure du parti d’opposition Les Démocrates, à cinq ans d’emprisonnement ferme et à une amende de 10 millions de francs CFA pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État » et « incitation à la haine ».

Au cœur du dossier : un message publié le 7 décembre dernier dans un groupe WhatsApp, au moment où le Bénin faisait face à une tentative de coup d’État visant le président Patrice Talon. « C’est jour de fête », avait écrit l’ancien député. Pour le parquet spécial, cette publication traduisait une approbation explicite d’une entreprise de déstabilisation des institutions républicaines dans un contexte particulièrement sensible.

À la barre, Soumaïla Sounon Boké a tenté de défendre une tout autre lecture des faits. L’accusé a évoqué une maladresse, parlant d’un message « involontaire » et inachevé, tout en réaffirmant son attachement « aux valeurs démocratiques » et à la stabilité du pays. Une ligne de défense qui n’a pas convaincu les magistrats de la CRIET, lesquels ont considéré que les propos incriminés relevaient d’une volonté délibérée de troubler l’ordre public en pleine crise nationale.

Le verdict est tombé dans une atmosphère lourde. Selon plusieurs témoignages présents à l’audience, l’ancien parlementaire, vêtu d’une tunique blanche, est resté silencieux à l’annonce de sa condamnation, affichant une attitude de résignation déjà perceptible lors des précédentes audiences. Dans la salle, l’émotion était palpable parmi ses proches et soutiens.

Cette condamnation intervient dans un climat politique encore marqué par les tensions autour de la tentative de putsch du 7 décembre 2025, une affaire qui a entraîné plusieurs arrestations et renforcé le débat sur les libertés publiques, l’expression politique et l’usage des réseaux sociaux au Bénin. Depuis plusieurs années, la CRIET est régulièrement au centre des critiques d’une partie de l’opposition et des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une juridiction utilisée pour neutraliser des voix dissidentes. Les autorités béninoises, elles, défendent une justice engagée contre les menaces sécuritaires et les atteintes à l’ordre républicain.

La bataille judiciaire est loin d’être terminée. L’avocat de l’ancien député, Me Aboubacar Ba Parapé, a dénoncé une sanction « particulièrement lourde » au regard des faits reprochés. La défense a annoncé son intention de faire appel, ouvrant la voie à un nouveau bras de fer judiciaire devant la chambre d’appel de la CRIET.

Déjà fragilisé politiquement, Soumaïla Sounon Boké avait démissionné du parti Les Démocrates pendant sa détention préventive. Cette condamnation pourrait désormais peser durablement sur son avenir politique, dans un contexte béninois où les rapports entre pouvoir et opposition restent particulièrement tendus.

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