L’Allemagne tente de structurer une politique longtemps jugée dispersée sur la question sensible des restitutions. Le gouvernement fédéral, en accord avec les Länder et les municipalités, a officialisé la création d’un « Conseil de coordination pour les restitutions de biens culturels et de restes humains issus de contextes coloniaux », une instance appelée à devenir l’interlocuteur unique des pays d’origine dans un système jusque-là éclaté.
Porté par le ministère fédéral des Affaires étrangères, ce mécanisme vise à corriger une faiblesse régulièrement pointée par les États africains : la multiplicité des centres de décision en Allemagne, où les collections sont majoritairement détenues par des institutions locales. « Le Conseil de coordination servira de point de contact central pour nos gouvernements partenaires et de forum pour un dialogue coordonné fondé sur la confiance », a déclaré Serap Güler, ministre d’État, traduisant une volonté politique de mieux assumer l’héritage colonial.
Cette réforme intervient dans un contexte de pression croissante de plusieurs pays, dont le Togo, le Ghana, la Tanzanie ou encore le Cameroun, qui ont multiplié ces dernières années les demandes de restitution et mis en place leurs propres commissions nationales. Face à ces sollicitations, Berlin reconnaît la nécessité de rationaliser ses procédures. Wolfram Weimer, délégué du gouvernement fédéral à la Culture, souligne ainsi que le Conseil devra « rendre plus efficaces les processus de restitution actuels et futurs », tout en insistant sur la portée éthique du rapatriement des restes humains, qualifié d’enjeu « d’importance particulière ».
Concrètement, l’instance aura pour mission de coordonner les échanges entre les musées allemands, souvent sous tutelle régionale ou municipale, et les États demandeurs, afin de fluidifier des démarches jusque-là longues et complexes. « Nous créons des processus clairs et pratiques […] afin de faire face à cette responsabilité au niveau local », a indiqué Marc Elxnat, représentant des collectivités, dont les institutions conservent une part significative des objets concernés.
La création de ce Conseil s’inscrit dans le prolongement des « Lignes directrices communes » adoptées en 2025, destinées à encadrer juridiquement et éthiquement les restitutions. Katharina Binz, présidente de la Conférence des ministres de la Culture des Länder, y voit une « base solide » pour rendre les procédures plus « fiables » et « transparentes ».
Si l’Allemagne s’est déjà engagée dans cette voie, notamment avec la restitution des bronzes du Bénin au Nigeria en 2022, cette nouvelle étape marque une tentative de réponse aux critiques sur la lenteur et l’opacité du processus. Elle intervient aussi dans un contexte international où la question de la mémoire coloniale s’impose de plus en plus dans les relations diplomatiques entre l’Europe et l’Afrique.
Ancienne puissance coloniale entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, l’Allemagne contrôlait alors plusieurs territoires, dont l’actuel Togo, aux côtés de la Namibie, du Cameroun, de la Tanzanie ou encore de régions du Pacifique. Aujourd’hui, la mise en place de ce Conseil apparaît comme un signal politique, mais son efficacité réelle dépendra de sa capacité à accélérer des restitutions attendues depuis plusieurs décennies.
