Gaz cher, déchets utiles : « Green Fire », l’innovation togolaise qui transforme la crise en énergie

Au Togo, la flambée du prix du gaz butane et les tensions sur l’accès à l’énergie accélèrent l’émergence de solutions locales. Dans ce contexte, l’entreprise Biopower Africa met sur le marché « Green Fire », un biodigesteur mobile capable de transformer les déchets organiques en biogaz et en engrais naturel, avec une ambition claire : offrir une alternative accessible aux ménages et aux agriculteurs.

Pensé pour contourner les contraintes des installations classiques, souvent coûteuses et fixes, le dispositif se distingue par sa mobilité et sa simplicité d’usage. Il ne nécessite ni enfouissement ni autorisation particulière, et peut être installé aussi bien en milieu urbain que rural. Les déchets introduits sont méthanisés grâce à un système interne combiné à la chaleur solaire, produisant un biogaz utilisable pour la cuisson, voire pour certaines applications énergétiques domestiques.

Au-delà de l’énergie, le système génère un digestat, un fertilisant organique qui peut être utilisé dans les exploitations agricoles ou commercialisé. Dans un pays où près de 48 % des déchets sont biodégradables, cette double valorisation s’inscrit dans une logique d’économie circulaire encore peu structurée mais en pleine expansion. Elle répond aussi aux défis de fertilité des sols, régulièrement évoqués dans les politiques agricoles nationales.

À l’origine de cette innovation, Akoua Gabriella Amouzou-Atchoe, doctorante en physique et spécialiste de bioénergie, met en avant une approche pragmatique : « L’idée est de permettre aux familles de produire du biogaz, quel que soit leur lieu de résidence », explique-t-elle. À travers ce projet, elle insiste également sur le rôle des sciences dans le développement local et encourage les jeunes, notamment les filles, à s’orienter vers les filières scientifiques, affirmant que « rien n’est inaccessible ».

L’initiative intervient dans un contexte où les autorités togolaises multiplient les appels à la transition énergétique et à la gestion durable des déchets, notamment dans les grandes agglomérations comme Lomé, confrontées à des défis croissants de salubrité. En réduisant la dépendance au gaz et en limitant les déchets, « Green Fire » se positionne à la croisée des enjeux énergétiques, environnementaux et sanitaires.

Reste désormais à évaluer sa capacité de déploiement à grande échelle, dans un pays où le pouvoir d’achat des ménages et l’accès au financement conditionnent fortement l’adoption des innovations. Si le pari est tenu, cette technologie pourrait contribuer à redessiner les usages énergétiques du quotidien, en transformant une contrainte, les déchets, en ressource stratégique.

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