Le Togo affiche une progression notable dans le classement 2026 de la liberté de la presse, se hissant à la 97ᵉ place sur 180 pays, avec un score de 52,56, contre 121ᵉ en 2025 et un score de 48,03. Une amélioration chiffrée qui, sur le papier, traduit une dynamique positive, mais qui reste à nuancer au regard des réalités du terrain.
Dans le détail, tous les indicateurs enregistrent une évolution. L’indicateur politique passe de la 121ᵉ position (38,18) à la 112ᵉ (39,38), l’économique de 119ᵉ (36,01) à 111ᵉ (37,45), le légal de 130ᵉ (46,85) à 115ᵉ (49,94), le social de 96ᵉ (58,25) à 92ᵉ (59,97), tandis que l’indicateur sécuritaire connaît l’une des progressions les plus marquées, passant de la 113ᵉ place (60,87) à la 87ᵉ (76,07). Une amélioration globale qui suggère un environnement légèrement plus favorable à l’exercice du journalisme, sans pour autant effacer les fragilités structurelles du secteur.
Car derrière ces chiffres, le paysage médiatique togolais reste paradoxal. Avec environ 234 titres de presse, 94 radios et une dizaine de chaînes de télévision, le pays dispose d’une offre médiatique dense. Pourtant, cette diversité ne rime pas nécessairement avec indépendance. La Télévision Togolaise (TVT), unique chaîne publique, domine toujours l’audience, tandis que plusieurs médias privés, comme Liberté ou L’Alternative, ont déjà fait l’objet de suspensions ou de pressions, révélant les limites de la liberté éditoriale.
Dans les faits, la situation de la presse demeure étroitement liée au climat politique. En période électorale notamment, l’autocensure s’impose comme une pratique courante, sous l’effet de pressions croisées, émanant aussi bien du pouvoir que de certains acteurs de l’opposition. Le contrôle exercé sur les médias publics, dont les responsables sont nommés par les autorités, ainsi que l’influence sur l’organe de régulation, pèsent sur le traitement de l’information.
Sur le plan légal, si la dépénalisation des délits de presse depuis 2004 constitue une avancée, plusieurs dispositions continuent de susciter des inquiétudes. La loi de 2020 sur l’accès à l’information, bien qu’ambitieuse, reste limitée par des restrictions liées au « secret défense », rendant difficile l’accès à certaines données sensibles, notamment pour les médias d’investigation.
À ces contraintes institutionnelles s’ajoutent des difficultés économiques persistantes. La précarité financière des organes de presse favorise les dérives, notamment la dépendance à des financements extérieurs ou à des intérêts politiques. Si la création de médias en ligne s’est démocratisée, le lancement et la pérennisation de radios ou de télévisions restent coûteux. Par ailleurs, l’Observatoire togolais des médias, pourtant clé dans l’autorégulation du secteur, manque de moyens pour jouer pleinement son rôle.
Sur le terrain, la sécurité des journalistes demeure une préoccupation majeure. Les professionnels qui enquêtent sur des sujets sensibles, notamment la corruption ou les affaires d’État, s’exposent à des pressions, des intimidations, voire des agressions. Des cas de surveillance numérique, notamment via des outils de cyberespionnage comme Pegasus, sont également évoqués. À l’inverse, certains journalistes sont parfois accusés de céder à des influences en échange d’avantages, illustrant les tensions éthiques qui traversent la profession.
Le classement RSF du Togo en 2026
En définitive, si le bond du Togo de la 121ᵉ à la 97ᵉ place traduit une amélioration mesurable, il ne masque pas les défis profonds qui persistent. Entre avancées statistiques et réalités contrastées, la liberté de la presse au Togo reste un chantier ouvert, étroitement lié aux évolutions politiques, économiques et institutionnelles du pays.
