Dans la commune du Golfe 5, à proximité du marché d’Agbalépédo à Lomé, la crise du dépotoir sauvage a franchi un nouveau cap après nos dénonciations parues dans une de nos numéros du mois de mars 2026. Après les premières alertes sur l’insalubrité persistante et les risques sanitaires, un tournant s’est opéré : excédés, les habitants ont décidé de passer à l’action.
Dans une vidéo relayée par Capture Media, plusieurs riverains témoignent d’un ras-le-bol généralisé. « On souffre… les gens n’arrivent pas à manger, les gens n’arrivent pas à boire », lance l’un d’eux, traduisant une exaspération devenue collective. Derrière ces mots, une réalité : celle d’un quartier asphyxié par des montagnes d’ordures devenues, selon les habitants, une « vieille maladie » installée depuis près de deux ans.
Face à l’inaction perçue des autorités, la population dit avoir multiplié les démarches. « On s’est approché de la mairie… on a essayé de comprendre », explique un autre témoin. Mais les réponses obtenues n’ont fait qu’accentuer la confusion : la mairie se dédouanerait, tandis que le ministère en charge de l’administration territoriale aurait, selon eux, tenté d’intervenir sans résultat concret.
Une chaîne de responsabilités floue
Au cœur de la controverse, une question persiste : qui est responsable de ce dépotoir à ciel ouvert ? Les témoignages recueillis évoquent l’implication indirecte d’un opérateur chargé du ramassage des déchets dans le Golfe 5, qui aurait utilisé le site comme zone de transit informelle.
« Il y a des camions qui viennent chaque matin déposer des ordures des autres quartiers ici », affirme un habitant. Une pratique qui, si elle se confirmait, mettrait en lumière des dysfonctionnements graves dans la chaîne de gestion des déchets, entre délégation de service, contrôle municipal et respect des normes environnementales.
Plus troublant encore, les riverains évoquent l’installation d’une plaque interdisant le dépôt d’ordures, rapidement retirée par des individus non identifiés. Un symbole, selon eux, de l’impuissance des mesures prises jusque-là.
Ultimatum citoyen et début de riposte
C’est finalement sous la pression populaire que la situation a commencé à évoluer. Après un ultimatum lancé il y a un mois, les habitants ont décidé de se mobiliser massivement. « Ce matin, tout le monde est sorti pour que ça soit dégagé », témoigne un riverain.
Sur place, des actions spontanées ont été engagées, allant jusqu’à l’incinération partielle des déchets. Une initiative révélatrice du niveau de désespoir, mais non sans risques sanitaires et environnementaux.
Les habitants disent désormais attendre une intervention rapide des autorités ou des opérateurs concernés. « Nous attendons que d’ici le soir, les camions viennent dégager complètement cet endroit », insiste un témoin, qui appelle également à une désinfection du site afin de rendre l’air à nouveau respirable.
Un risque sanitaire toujours critique
Malgré ces premiers mouvements, les inquiétudes restent vives. Les habitants alertent sur la contamination potentielle des nappes phréatiques et sur les conséquences directes pour le marché voisin. « Vous allez dans le marché maintenant, c’est des odeurs impossibles », déplore un commerçant.
Dans une capitale régulièrement confrontée à des défis d’assainissement, notamment en période de pluies, la situation d’Agbalépédo rappelle la fragilité des équilibres urbains. L’exposition prolongée des populations à des déchets non traités favorise la prolifération de maladies, dans un contexte où les infrastructures sanitaires demeurent limitées dans plusieurs zones.
Gouvernance locale : entre inertie et réaction sous contrainte
Cet épisode met en lumière une constante observée dans plusieurs quartiers du Grand Lomé : la difficulté des autorités à anticiper et gérer durablement la question des déchets urbains. Entre manque d’infrastructures, coordination insuffisante et responsabilités diluées, les réponses apparaissent souvent tardives, voire réactives.
À Agbalépédo, ce sont les habitants eux-mêmes qui ont déclenché le début de solution, forçant les lignes à bouger. Une dynamique qui interroge sur la place réelle des citoyens dans la gestion urbaine : simples usagers ou acteurs contraints de pallier les défaillances institutionnelles ?
Un signal d’alerte pour les autorités
Au-delà de ce cas précis, l’affaire d’Agbalépédo s’inscrit dans une problématique plus large qui touche plusieurs communes du Grand Lomé. Elle pose avec acuité la question de la planification urbaine, de la gestion des déchets et, plus largement, de la qualité de la gouvernance locale.
Car si la mobilisation citoyenne a permis d’amorcer un début de réponse, elle ne saurait se substituer durablement à une politique publique structurée. Sans solutions pérennes, centres de traitement adaptés, circuits de collecte efficaces, contrôle rigoureux des prestataires, le risque est grand de voir ces dépotoirs réapparaître ailleurs, sous d’autres formes.
À Agbalépédo, une chose est certaine : la population ne veut plus subir. Et dans une ville en pleine croissance comme Lomé, cette exigence pourrait bien devenir un facteur déterminant dans la redéfinition des rapports entre citoyens et autorités.

