Il se pensait tout puissant, à l’abri de toute inquiétude. Mais c’est sans compter sur les forces de l’ordre du pays qui ont su l’arrêter à temps. L’interpellation de Yao Makpaou par la gendarmerie nationale dépasse largement le cadre d’un simple fait divers. Pendant plusieurs années, cet individu s’est fait passer pour un « conseiller du président du Conseil », usurpant une proximité avec Faure Gnassingbé afin d’intervenir dans des litiges, notamment fonciers. Son arrestation met en lumière un phénomène plus profond, devenu préoccupant dans plusieurs localités du Togo.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le mis en cause opérait principalement dans la zone de Togblékopé, en périphérie de Lomé. Se prévalant d’un statut fictif, il présentait de faux documents, revendiquait une influence supposée auprès des autorités et intimidait des populations déjà fragilisées par la complexité des procédures administratives. Ce mode opératoire, loin d’être isolé, s’inscrit dans une pratique décrite par plusieurs observateurs comme de plus en plus répandue.
Le secteur foncier apparaît comme le principal terrain d’action de ces faux intermédiaires. Dans un contexte marqué par la multiplication des conflits liés à la terre et par les limites des mécanismes de sécurisation foncière, ces individus exploitent les zones grises du système. En se présentant comme des relais d’autorité, ils s’immiscent dans les opérations de bornage, influencent certains circuits administratifs et extorquent des avantages indus à des citoyens souvent démunis face aux arcanes juridiques.
Au-delà des préjudices économiques, ces pratiques contribuent à exacerber des tensions latentes entre familles, voisins ou communautés, fragilisant le vivre-ensemble dans des zones déjà sensibles. Elles nourrissent également une méfiance croissante envers les institutions, accusées d’être perméables à des influences informelles, dans un contexte où les questions foncières demeurent l’une des principales sources de conflits au Togo.
Dans le cas de Yao Makpaou, les enquêteurs ont procédé à des filatures, des vérifications documentaires et des recoupements qui ont permis d’établir un faisceau d’indices concordants. Placé en garde à vue, il devrait être présenté au procureur pour répondre des chefs d’usurpation de titre, d’usage de faux et de trafic d’influence.
Cette arrestation constitue un signal fort, elle souligne surtout l’urgence d’une réponse plus globale pour endiguer un phénomène qui, en se banalisant, menace directement la cohésion sociale et la crédibilité de l’action publique.
