Le verdict est tombé ce vendredi 4 juillet 2025 au Tribunal de grande instance de Lomé, moins d’une semaine après les manifestations qui ont secoué la capitale togolaise. Au total, 18 manifestants ont été condamnés, 12 ont été relaxés au bénéfice du doute et un dossier a été transféré à une juridiction pour mineurs, faute de compétence. Une décision rendue au pas de course, dans une ambiance judiciaire chargée d’émotions et de tensions politiques.
Ils étaient 31 à comparaître après leur interpellation les 26, 27 et 28 juin lors de rassemblements spontanés, notamment contre la récente réforme constitutionnelle et le maintien du président du Conseil, Faure Gnassingbé, au sommet de l’exécutif. Au total, 49 personnes avaient été arrêtées selon les chiffres officiels. Le gouvernement, dans une déclaration publiée peu après les faits, avait précisé que toutes ces personnes faisaient l’objet d’une procédure en flagrant délit, soupçonnées principalement de trouble aggravé à l’ordre public.
Dès l’ouverture de l’audience correctionnelle en procédure d’urgence, le ministère public a requis une peine de 12 mois de prison dont 6 mois avec sursis contre 25 prévenus. Une réquisition qui, malgré son apparente sévérité, a été partiellement suivie par la juridiction : 18 prévenus ont finalement été condamnés à 12 mois de prison dont 11 mois avec sursis. La justice a estimé que leur implication dans les troubles était suffisamment établie, bien qu’atténuée. Les 12 autres ont été relaxés, faute de preuves suffisantes. Pour le seul mineur du groupe, le tribunal s’est déclaré incompétent, et l’affaire sera renvoyée devant un tribunal pour enfants.
La défense, constituée autour d’un collectif d’avocats mobilisés pour la cause, a plaidé l’absence de preuves tangibles et dénoncé ce qu’elle considère comme une procédure bâclée, portée par une volonté politique de dissuasion.
Ces condamnations interviennent dans un contexte social et politique tendu. Les manifestations, organisées à l’origine par des influenceurs togolais sur TikTok, ont cristallisé une contestation plus large : rejet de la Cinquième République, dénonciation du pouvoir perçu comme autocratique, et cri d’alarme d’une jeunesse désabusée. Elles ont été brutalement réprimées, selon plusieurs organisations de la société civile, avec un bilan non officiel d’au moins sept morts, des blessés et des dizaines d’arrestations.
