Lac Togo : après trois noyades, les riverains de Vo 2 réclament l’arrêt du dragage

Trois décès par noyade et une quatrième personne sauvée de justesse : les travaux de dragage et d’extraction de sable sur le lac Togo suscitent la colère des populations riveraines. Le 12 octobre 2026, près d’une centaine d’habitants ont interpellé les autorités municipales à Togoville pour exiger l’arrêt des opérations, dénoncer le manque de concertation et réclamer des mesures urgentes de sécurité.

La quatrième et dernière session ordinaire de l’année 2026 du Conseil municipal de Vo 2, consacrée notamment à l’examen du budget primitif de 2027, a été interrompue par cette mobilisation. Face aux manifestants venus notamment d’Agbantékopé, de Kéta et de Badougbé, le maire Dominique Tomégah a suspendu momentanément les travaux afin d’écouter leurs revendications.

Selon les témoignages recueillis auprès des riverains et rapportés par plusieurs médias togolais, les trois personnes décédées ont été repêchées depuis le démarrage des travaux menés par une entreprise chinoise. Une quatrième personne a été sauvée grâce à une équipe de veille mise en place par les communautés. Les habitants attribuent ces drames aux excavations creusées au fond du lac, qui rendraient certaines zones plus dangereuses. Ce lien de causalité reste toutefois à établir par une enquête technique indépendante.

Au-delà des risques de noyade, les populations dénoncent un déficit d’information et de concertation avant le démarrage des travaux. « La population n’est pas au courant du travail de dragage de notre lac et de l’extraction du sable qui se déroulent », a déploré le président du Comité de développement villageois (CDV) d’Abatékopé. Il affirme qu’à l’issue d’un atelier organisé à Aného, le préfet et le secrétaire général avaient recommandé une rencontre entre le chef du village et l’entreprise avant le début des opérations, sans que cette démarche soit concrétisée.

Le responsable communautaire a également soulevé des interrogations sur les conditions de gestion du projet : « Ce n’est pas la population qui a vendu le lac, mais c’est le chef », a-t-il déclaré, dénonçant ce qu’il considère comme un manque de transparence.

Les pêcheurs redoutent, pour leur part, que les modifications du fond du lac perturbent leurs activités et compromettent leur sécurité. Une sexagénaire explique que ceux qui connaissaient les profondeurs et les zones de pêche éprouvent désormais des difficultés à s’orienter. Certains habitants assureraient une surveillance quotidienne des lieux par crainte de nouveaux accidents. Une pétition réclamant l’arrêt des travaux a été signée par les populations.

Cette contestation intervient alors que les risques liés à l’exploitation du sable font également débat dans la préfecture de Vo. Le 4 octobre 2026, deux enfants sont morts par noyade à Dékadomé, dans la commune de Vo 1, dans une retenue d’eau liée à l’exploitation du sable. Le 7 octobre, une délégation comprenant des représentants des autorités et de la société civile de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Togo) s’est rendue sur place. Ces événements distincts renforcent les préoccupations sur la sécurisation des sites d’extraction, sans établir pour autant de lien direct entre les deux situations.

Parallèlement à leur demande d’arrêt du dragage, une autre délégation de pêcheurs a sollicité l’intervention du maire pour obtenir la restitution de filets saisis par l’Unité spéciale des garde-côtes togolaises (USGCT). Les intéressés affirment n’avoir reçu aucune notification préalable et disent ignorer les motifs de cette saisie. La pêche constituant leur principale source de revenus, ils réclament une réponse rapide.

Plusieurs conseillers municipaux, dont Kpékou Semenyo Anani, ont exprimé leur solidarité avec les familles endeuillées et reconnu la nécessité de trouver une solution. « Un projet censé faire le bonheur des populations ne doit pas entraîner la perte de vies humaines. On ne peut pas faire évoluer une population en la détruisant », ont-ils souligné, en s’engageant à transmettre les préoccupations à leur hiérarchie.

Le maire Dominique Tomégah a, de son côté, invité les manifestants à la patience et assuré que des démarches seraient entreprises pour répondre à leurs doléances. Aucune décision officielle de suspension des travaux n’est toutefois établie dans les informations disponibles. Les riverains attendent désormais des mesures concrètes : clarification des circonstances des noyades, évaluation des risques liés aux excavations, transparence sur le projet et garanties de sécurité pour les usagers du lac.

Au-delà du conflit local, l’affaire pose une question essentielle : comment concilier l’exploitation des ressources naturelles, la préservation des activités de pêche et la protection des populations ? Une réponse crédible devra s’appuyer sur des vérifications techniques, un dialogue avec les communautés et des mesures de prévention adaptées.

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