Burkina Faso : Ibrahim Traoré durcit le ton contre les vendeurs de Vody

Le président burkinabè Ibrahim Traoré entend renforcer la lutte contre l’importation clandestine de boissons interdites, dont la Vody, tout en faisant du sport un levier de prévention contre les addictions chez les jeunes. Cette orientation a été évoquée lors d’une rencontre consacrée à la « Ligue de la Souveraineté », une compétition qui doit contribuer à développer la pratique sportive dans les régions.

Selon la Présidence du Faso, le chef de l’État a rencontré, le lundi 12 octobre 2026, les gouverneurs de région et des responsables sportifs à Ouagadougou. La réunion s’est tenue en présence de la ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara, de la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, de représentants de la Chambre de commerce et du patronat, ainsi que d’anciens internationaux, dont Charles Kaboré, ambassadeur pour le sport, Sibiri Alain Traoré et Adama Guira.

Au-delà de l’organisation du championnat, les échanges ont abordé les risques liés à la consommation de drogues, de tabac et de boissons alcoolisées chez les jeunes. Le président burkinabè considère que l’interdiction seule ne suffit pas à endiguer le phénomène. Selon les propos qui lui sont attribués dans un compte rendu de la rencontre, « l’interdiction ne suffit pas, des trafiquants réussissent encore à faire entrer ces produits, et la douane saisit chaque jour des cargaisons dissimulées ».

Le chef de l’État burkinabé défend ainsi une approche qui associe contrôle des circuits d’approvisionnement et mobilisation de la jeunesse par le sport. « Mettre la jeunesse en compétition est le meilleur moyen de lutter contre la drogue, le tabac et les alcools frelatés, qui menacent la santé publique depuis 2023 », aurait-il déclaré. Il a également alerté sur la consommation de ces substances en milieu scolaire : « Des élèves consomment déjà ces substances, et cela détruit leur santé physique. » Pour lui, « une nation ne peut pas se construire avec une jeunesse malade, sans lucidité ni repères ».

Cette fermeté s’inscrit dans le prolongement des mesures prises contre certaines boissons. Depuis le 24 juin 2024, la production, l’importation, la commercialisation et la détention de boissons énergisantes alcoolisées ou contenant des substances dopantes sont interdites au Burkina Faso. La boisson Vody figure parmi les produits visés. Pourtant, la contrebande persiste : en septembre 2024, les autorités avaient notamment annoncé la saisie de 300 cartons de Vody à Fada N’Gourma, dans la région de l’Est, pour une valeur estimée à 4 millions de FCFA.

En janvier 2025, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Poda, avait de nouveau rappelé que l’interdiction demeurait en vigueur et invité la population à signaler la présence de ces produits dans les commerces. « Les contrebandiers s’accrochent, et nos frontières ne sont pas toujours étanches », avait-il reconnu, selon les propos rapportés par la presse.

Le sujet rejoint les préoccupations économiques exprimées par Ibrahim Traoré le 27 septembre 2026. Lors d’un entretien avec la presse, il avait évoqué la possibilité de réserver à l’État l’importation de certains produits afin de mieux contrôler les prix et de limiter les pratiques de spéculation. Cette piste, qui ne constitue pas en elle-même une mesure annoncée spécifiquement contre la Vody, illustre la volonté affichée par Ouagadougou de renforcer le contrôle public sur certains circuits commerciaux.

Pour les autorités burkinabè, l’enjeu est désormais de faire appliquer les interdictions existantes tout en proposant aux jeunes des perspectives sportives. Ibrahim Traoré a demandé aux gouverneurs de « redoubler d’efforts et faire de sa région un modèle dans son domaine », avant de rappeler : « Nous entrons dans une phase active de notre révolution, qui exige beaucoup de concentration et de courage. »

La portée de cette stratégie dépendra toutefois de sa mise en œuvre : la répression des importations clandestines devra s’accompagner de contrôles efficaces et d’une politique de prévention durable. Le sport peut offrir un cadre d’encadrement aux jeunes, mais il ne saurait, à lui seul, supprimer les circuits de contrebande ni remplacer les mesures de santé publique.

Au Togo, la question du commerce de produits illicites reste également d’actualité. Le 25 septembre 2026, les autorités ont procédé à Aképé, dans la préfecture de l’Avé, à la destruction de 16,350 tonnes de produits illicites, périmés ou impropres à la consommation, dont 3 tonnes de boissons et une tonne de bière. Cette opération ne concernait pas spécifiquement la Vody, mais elle rappelle que la surveillance des marchés et la lutte contre les produits dangereux constituent un enjeu régional de santé publique et de contrôle commercial.

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