Trente coupures d’internet ont été recensées dans 15 pays africains en 2025, selon Access Now et la coalition #KeepItOn. Le Togo figure dans cette liste, sur fond de tensions politiques et de restrictions numériques qui fragilisent l’accès à l’information et la liberté d’expression.
Internet est désormais indispensable pour communiquer, s’informer, étudier, entreprendre ou accéder aux services bancaires. Pourtant, son accès reste soumis à des restrictions dans plusieurs pays africains. Dans son rapport publié le 31 mars 2026, l’organisation Access Now et la coalition #KeepItOn recensent 30 coupures d’internet dans 15 pays du continent en 2025, dans un contexte mondial marqué par un niveau record de restrictions numériques.
Les pays concernés sont l’Angola, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, l’Éthiopie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Kenya, le Nigeria, le Soudan du Sud, la Tanzanie, le Togo et l’Ouganda. Les manifestations et l’instabilité politique ont constitué les principaux déclencheurs : huit pays ont imposé au total 14 coupures dans ces contextes. Les restrictions liées aux élections ont, elles, concerné quatre pays, avec huit coupures recensées.
Ces mesures ne prennent pas toutes la même forme. Elles peuvent aller d’une interruption générale de la connexion à des perturbations limitées à certaines régions, en passant par le blocage de réseaux sociaux ou de messageries. Cette distinction est essentielle : empêcher l’accès à une plateforme ne revient pas nécessairement à couper l’ensemble d’internet, même si les deux pratiques limitent la circulation de l’information.
La Tanzanie se distingue avec huit coupures recensées en 2025, notamment durant la période électorale, tandis que l’Ouganda a maintenu le blocage de Facebook pour la cinquième année consécutive. En janvier 2026, les autorités ougandaises ont également ordonné la suspension de l’accès public à internet avant les élections générales. Ces exemples illustrent la persistance de restrictions qui peuvent dépasser les seules périodes de crise.
Au Togo, cette mention intervient dans un contexte de tensions politiques et de préoccupations relatives aux libertés publiques. En juillet 2025, Access Now et des organisations membres de la coalition #KeepItOn avaient déjà dénoncé la répression des manifestations de juin et appelé les autorités togolaises à respecter les droits fondamentaux, en ligne comme hors ligne. Le rapport annuel inscrit ainsi le pays dans une dynamique régionale où les restrictions numériques constituent un enjeu de gouvernance et de libertés publiques.
Les conséquences dépassent largement les réseaux sociaux. Une coupure peut entraver l’accès aux informations urgentes, perturber les activités commerciales, les paiements, l’éducation et certains services de santé. Elle complique aussi le travail des journalistes et des citoyens qui documentent les événements, au risque de réduire la visibilité des violations des droits humains.
En 2024, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples avait adopté la résolution 580, appelant les États à garantir un accès ouvert et sécurisé à internet avant, pendant et après les élections, et à s’abstenir de couper le réseau durant les processus démocratiques. La répétition des restrictions en 2025 souligne l’écart qui persiste entre cet engagement et les pratiques observées.
Pour le Togo comme pour les autres pays concernés, l’enjeu est désormais de garantir que les impératifs de sécurité ou de maintien de l’ordre ne deviennent pas un motif de restriction disproportionnée de l’accès à l’information. À l’heure où la vie économique et citoyenne dépend de plus en plus du numérique, la continuité d’internet relève aussi de la protection des libertés fondamentales.
