Le Togo perd l’une des figures qui ont contribué à structurer son architecture moderne. Avec la disparition de Hilaire Messan Locoh-Donou, c’est un parcours de plusieurs décennies, marqué par la conception architecturale, la formation, la transmission et l’engagement associatif, qui s’achève.
Architecte DPLG et urbaniste, Hilaire Messan Locoh-Donou avait fait de la pratique professionnelle autant qu’une mission de transmission. Son nom reste associé à plusieurs générations d’architectes qu’il a accompagnées et formées. Les archives disponibles indiquent notamment qu’il a participé à la création et à l’organisation de l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU) entre 1976 et 1981, où il a enseigné pendant cinq ans.
Son influence s’est également exercée dans l’organisation de la profession. Il a présidé l’Ordre national des architectes du Togo de 1986 à 1996, soit dix années à la tête de l’institution. En 2025, à l’occasion des 35 ans de l’Ordre, son nom figurait encore parmi ceux des anciens présidents officiellement honorés pour leur contribution à l’essor de la profession.
Sur le terrain, son empreinte demeure visible à travers plusieurs réalisations. En 1973, il crée à Lomé le cabinet d’architecture et de bureaux d’études AUBA, qui deviendra l’une des signatures de son parcours. Son nom est notamment associé à l’ancien siège de la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI), aujourd’hui occupé par IB Bank. Des travaux consacrés à l’architecture moderne togolaise identifient cet édifice comme une œuvre importante de Locoh-Donou dans le paysage urbain de Lomé.
Son parcours ne s’est toutefois pas limité à l’architecture. Locoh-Donou s’est également aventuré dans l’entrepreneuriat hôtelier avec la création de l’hôtel Eda-Oba à Lomé, un complexe de 200 chambres devenu au fil des années un espace important de l’hôtellerie et des rencontres professionnelles dans la capitale.
Cette trajectoire intervient à une époque où Lomé connaît de profondes transformations urbaines et où une génération d’architectes togolais contribue à donner une nouvelle expression aux bâtiments publics, aux sièges d’entreprises et aux infrastructures de la capitale. Plusieurs décennies plus tard, certaines de ces réalisations demeurent des repères du paysage architectural loméen.
L’engagement de Hilaire Messan Locoh-Donou dépassait ainsi le seul cadre professionnel. Membre du Rotary International depuis 1974, il a présidé le Rotary Club de Lomé en 1986-1987 avant d’accéder aux responsabilités de gouverneur du district 9100 en 1998-1999. Il a également présidé, en 2003, la section togolaise du Comité inter-pays France-Togo.
À travers ces différentes responsabilités se dessine le parcours d’un professionnel qui aura occupé plusieurs espaces : celui du concepteur, du formateur, du responsable ordinal, de l’entrepreneur et du responsable associatif. Mais au-delà des titres et des fonctions, son héritage tient aussi à la transmission d’un savoir professionnel à plusieurs générations.
Sa disparition intervient alors que l’Ordre national des architectes du Togo poursuit, plus de trois décennies après sa présidence, son travail de structuration et de professionnalisation du secteur. En 2025, l’institution rappelait justement, lors de la célébration de ses 35 ans, la contribution de ses anciens dirigeants à la construction de la profession architecturale au Togo.
Hilaire Messan Locoh-Donou laisse donc derrière lui bien plus que des bâtiments. Il laisse une trajectoire professionnelle, des élèves et confrères formés, une institution qu’il a contribué à structurer et une présence durable dans le paysage associatif togolais. Une page de l’histoire de l’architecture moderne du Togo se tourne.
